
" La mélancolie, ce n’est pas cette petite tristesse de salon qu'on exhibe comme un accessoire de mode. C'est un prédateur. Elle vous attend au détour d'un virage, elle vous plante ses dents là où ça fait mal, et elle ne vous lâche plus.
Dans « Les canines de la mélancolie »,
j’ai voulu raconter ce qui se passe quand le quotidien devient trop étroit. Entre deux effluves de jazz et la morsure froide d’un monde qui tourne en rond, j'ai disséqué cette étrange bête humaine que nous sommes. C’est une plongée dans l’absurde, là où les vampires sont plus humains que les hommes et où la dérision est la seule arme qui nous reste pour ne pas devenir fous.
C’est un livre qui griffe, un livre qui mord, mais un livre qui — je l'espère — vous rendra la vue. Parce que parfois, pour comprendre la lumière, il faut accepter de passer un moment dans l'ombre
L’appartement de Fernand avait l’élégance d’un caveau
municipal et l’odeur d’un vieux théâtre abandonné. Les murs étaient
tapissés de livres, de bocaux contenant des dents humaines, et de
photos d’enterrements célèbres. Le parquet grinçait comme une
chorale de regrets, et le canapé semblait avoir survécu à plusieurs
ruptures sentimentales.
Vladimiro s’était installé dans le salon, son cercueil pliable
trônant entre une plante carnivore et un aquarium vide. Il avait posé
ses affaires : un carnet de poèmes, une cape noire, une boîte de
pastilles à la verveine, et une statuette de Baudelaire en position
foetale.
— Tu veux que je t’aide à t’installer ? demanda Fernand.
— Non. Mon cercueil est autonome. Il se déplie selon mon
humeur.
— Et ton humeur, elle est plutôt... ?
— Spleenique. Avec une pointe de sarcasme.
— Parfait. Ça ira bien avec mon tapis en peau de rat dépressif.
Ils s’observèrent. Deux hommes. Deux morts-vivants. Deux
solitudes en colocation.
— Tu dors dans ton cercueil ? demanda Fernand.
— Oui. C’est mon sanctuaire. Mon refuge. Ma boîte à rêves.
— Moi je dors sur le canapé. Il me parle la nuit. Il me dit : “Tu
es trop vivant pour moi.”
— Tu veux qu’on échange ?
— Non. Je suis attaché à mes cauchemars.
La cohabitation commença.
Le matin, Vladimiro écrivait des poèmes en buvant du jus de
betterave. Fernand lisait le journal en mâchant une clope éteinte. Ils
se croisaient dans la cuisine, se saluaient avec des soupirs, et
débattaient sur la température idéale pour conserver les regrets.
— Tu veux du café ? demanda Fernand.
— Non. Je veux du silence.
— Tu veux du pain ?
— Je veux du sens.
— Tu veux que je te laisse tranquille ?
— Je veux qu’on parle sans se dire.
Un jour, Vladimiro décida d’arroser la plante carnivore. Elle
s’appelait Simone. Elle avait été offerte à Fernand par une goule
botaniste en échange d’un cercueil sur mesure.
— Tu crois qu’elle est heureuse ? demanda Vladimiro.
— Elle est verte. C’est déjà ça.
— Elle a l’air tendue.
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Il est grand temps de voir ce que ces canines ont dans le ventre."