Introduction

     Plongée dans la vie tourmentée d'un homme tiraillé entre la lumière et l'obscurité, ce récit nous emmène dans les rues vibrantes d’une grande ville dans les  années 60. 

     Ancien voyou ayant passé une grande partie de sa vie en prison, il nous livre son parcours tumultueux, ses réflexions sur l’existence et son combat acharné pour se racheter.

     Comme il le dit si bien : "La vie m’a appris que chaque choix a un prix, mais tous les prix ne mènent pas à la liberté."

                      

Avant  - Propos .

                               

  

    Dans Les Ombres de l'Innocence, je partage mon voyage à travers les réalités brutales de la vie en prison et ma quête de rédemption après plus de trente années derrière les barreaux. Mon histoire commence par les choix que j'ai faits, des décisions qui m'ont conduit à un chemin de délinquance, loin des rêves d’innocence que j'avais enfant  Je raconte comment, une fois enfermé, ma réalité s’est assombrie. J'ai rencontré mes démons intérieurs, ces pensées qui m'assaillent et m'enferment dans la honte et le regret. Au fil des mois, je me suis rendu compte que ce n'étaient pas seulement une prison physique, mais aussi un carcan mental. Je vivais dans une solitude écrasante, où chaque jour se confondait avec le précédent, au rythme de la routine d'une vie sans espoir.

    Mais quelque chose s'est déclenché en moi. J'ai commencé à parler avec d’autres©© détenus, et j'ai compris que je n’étais pas seul. Chacun d'entre nous avait son histoire, ses luttes, et en partageant nos expériences, j'ai découvert la force de la solidarité. Une rencontre marquante avec quelqu'un qui croyait en moi et en mes capacités a allumé une étincelle d'espoir.

    Le roman est disponible en version papier haute qualité (Format A5, idéal pour s'installer confortablement au fond d'un canapé ou pour caler un meuble bancal).

       Extrait : Chapitre 1

     

Chapitre 1

Les ruelles de l’enfance

Dans les labyrinthes crasseux de New York, là où le soleil peine à se frayer un chemin entre les immeubles vermoulus et les bicoques déglinguées, j'ai vu le jour. Une naissance qui a la saveur du bitume, une enfance parfumée à la lenteur des jours gris. Le quartier, c'était pas Paris match. Non, c'était plutôt "Six pieds sous terre" qui avait décroché le gros lot du grand n'importe quoi. Ma mère, une femme de caractère, ne traînait pas dans le coin ; elle bossait comme une folle pour arrondir les fins de mois, l'homme au foyer, lui, n'était pas vraiment du genre à se lever avant la fin de l'apocalypse. Et moi, je grandissais au milieu de ce bric-à-brac, une petite boule d'énergie perdue dans un monde qui n'avait rien de tendre.

Les ruelles, je les connaissais par cœur. C'étaient des couloirs de désespoir, mais aussi des scènes de théâtre à ciel ouvert. Les gamins des rues se faufilaient entre les poubelles comme des rats des champs, cherchant la moindre occasion de faire leur beurre. À cette époque, tout était permis, tout était à prendre, même l’innocence des petits !

Un jour, alors que je m'en allais faire l'école buissonnière, piqué par cette envie de nouvelles aventures, je tombai sur un groupe de mioches rassemblés autour d'un carton. Un carton, putain, une véritable scène de crime ! C'était le lot de jouets abandonnés de la ville, et chaque pièce défaillante était un trésor à nos yeux.

— Mec, t'as vu mon hélicoptère ?! beugla Benny, un gamin au sourire ébréché, brandissant un bout de plastique décoloré.

— Il vole pas, ce truc ! T'es sûr que c'est pas un pigeon ?! rétorqua Dany, un autre pote, hilare.

Les rires fusèrent, retentissant contre les murs sales comme une mélodie de jazz, un chaos contrôlé où le cynisme était roi. Ce n'était pas la première fois que mes camarades se moquaient de moi. Le temps semblait étrangement arrêter ses horloges dans ce coin perdu du monde. L'odeur du pain rassis flottait le long des ruelles, un parfum de nostalgie amère, comme si chaque petite chose était marquée par des rêves évanouis.

Puis, un bruit de pas, et la bande d’intrépides s’éparpilla dans un ballet effréné. L'ombre du flic au tournevis s'avançait, son uniforme puant la sympathie. Il avait un sourire de vainqueur, celui qui disait : "Je sais qui vous êtes, les petits salopards."

— Eh bien, bien, bien, qui emmène son petit derrière en promenade au lieu d’être à l’école ? Vous cherchez l’histoire d’un cul de jatte, les petits ? lança-t-il, un air entre le dégoût et la moquerie sur son visage.

— Pas de bol, patron, c’est vous qu’on n’a pas qu’un pas à mener ! répondit Dany, en glissant son pied à l'arrière du talon du flic. Un coup de pied bien placé, juste pour lui faire comprendre qu'on ne se laissait pas faire. Mais le flic, il avait le cuir et l’arsenal, nous simples gosses n’avions que nos rêves fêlés et quelques histoires à raconter.

J'aimais cette rébellion, cette audace, même si souvent, elle me valait une bonne paire de gifles. Je me souviens de cette fois-là, où l'un d'eux avait osé lui balancer une canette de soda. Ça avait vu rouge ! "Coup de tonnerre dans un ciel bleu !", comme disait ma vieille tante, avec son humour acide.

Les rues, un jour, me dévoilèrent leur côté le plus sombre. J’avais à peine douze ans quand je fis la rencontre d’un mec, le genre à frapper les verrous et ouvrir les portes, le puits de science du mal fracassé. Ce fut une révélation ; il me parla comme si j'étais son égal, un petit fauve, déjà rôdé par la vie plutôt que par les malheurs.

— Aquarium de pauvres ! À la fin, petit, c'est juste un jeu.

Me disait-il, les yeux pétillants de malice.

— L'important, c’est de ne jamais se laisser enfermer

Et moi, je l'écoutais comme on boit un grand verre de whisky, une goulée d'adrénaline corrosive à la prise de conscience.

Les bistrots de la rue, leurs néons qui clignotent comme des étoiles mortes, déversaient leur musique jazzy, un air de fête au milieu de la déception ambiante. Les hommes et ces femmes, usés par la vie, se perdaient dans la chimie du rêve. Les tables étaient grouillantes de blagues salaces, d'histoires de voyages ratés et de trahisons niaises.

Un soir, après une journée de larcins et de poings serrés, je poussai la porte d'un endroit que j'avais déjà repéré. C'était un petit café, avec des murs jaunis par le tabac ; il y avait même un vieux piano, grinçant sous le poids de l'indifférence. L'endroit grouillait de personnages hauts en couleur : un bon vieux flic à la retraite, quelques minettes genre "fauteuil roulant", et un type qui chantait comme un pigeon, au milieu des regards désabusés.

— Hey, mon p'tit, tu viens? Il m'interpella d'un tressaillement de sourcil.

—T’as déjà eu un tête-à-tête avec un amour du sud ? Allez-y, à l’attaque ! Petits matins crasseux, et les muses qui chantent…

Son cynisme littéraire, je jouais avec comme un patron de bistrot, célébrant cette mélancolie aigre-douce, et pour un instant, ces vies prenaient tout leur sens. Un autre genre d'évasion, inscrite dans l'épaisseur de ces murs qui avaient tant à raconter.

Je buvais cela comme un bon vin, même si j'avais pas encore l'âge, et je me perdais dans les récits, les rires, les souvenirs des âmes en révolte. C'était ma vraie école, bien plus que celle des ces bâtards d'instituteurs qui se croyaient au-dessus de tout.

Et tandis que mes camarades de l'époque riaient, s'engouffrant dans les méandres de leurs propres illusions, je savais que chaque éclat de lumière était un pas plus près de l’ombre. Le génie de la rue ne se mesurait pas en notes de musique mais en cris de désespoir, en fureur et en éclaboussures de réalité. Ce monde que je côtoyais était loin d'être un conte de fées, mais il avait sa poésie, sa souffrance carnée.

Alors voilà, dans le tumulte de mes jeunes années, j'apprenais, je cavalais, comme un furieux à travers les rues de mon enfance, à la recherche de ce qui pourrait éventuellement donner sens à ces jours de chaos. Évidemment, je ne le savais pas encore, mais chaque expérience, chaque coup fondamental était juste une pièce du puzzle qui finirait par me définir.

Et la vie à New York, elle ne m’épargnera pas. Les ombres des ruelles m'ont à ce point pris en otage, que même l’écho des sirènes se moquait de ma condition de gosse en mal d'amour. Les années allaient pas tarder à se transformer en tuiles sur la tête et en vendetta contre mon âme.

Mon reflet dans les flaques d’eau n’était pas celui d’un héros, mais d’un gamin perdu, avec l’histoire de ceux qui l’avaient précédé, gravée à jamais dans la poussière des pavés.

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